Equipements sportifs, énergies et développement durable

07 août 2011 à 09h07 par Denis Cheminade
En matière d’amélioration des équipements sportifs, il n’y a pas de petits efforts et toutes les initiatives, s’inscrivant dans le cadre de la Stratégie Nationale de Développement Durable Sport et des réglementations existantes, sont à encourager. Il sera nécessaire d’encadrer ces pratiques par des règles qui seules permettront de dépasser les « petits gestes ». Mais il faudra attendre que celles-ci soient définies pour l’ensemble des constructions et adaptées aux caractéristiques des équipements sportifs. Dans l’intervalle on doit faire progresser nos connaissances, utiliser toutes les ressources à notre disposition (HQE) et promouvoir des opérations pilotes ou exemplaires.


Une situation contrastée :

Dans leur grande majorité les maîtres d’ouvrage souhaitent inscrire leurs réalisations dans une perspective de développement durable ce qui les conduit à prendre des initiatives pour deux motifs principaux:

  • Financier : les équipements sportifs, gros consommateurs d’énergie et de fluides, sont connus pour générer des charges de gestion importantes. Diminuer ces charges oriente légitimement les décisions.
  • Communication : Les équipements sportifs sont visibles. Ils se prêtent parfaitement à des opérations dites « exemplaires »: installation de quelques panneaux photovoltaïques sur un toit, référence à une cible de la HQE…

Ils sont aussi plus en plus fréquemment sollicités par des intervenants extérieurs (bureaux d’études, architectes, constructeurs…) qui font de cette orientation constructive un avantage concurrentiel.

Cependant dans la plupart des cas ces intentions se traduisent jusqu’à présent par des réalisations de caractère limité.

Organiser la transition vers des équipements sportifs durables

C’est que très rapidement les maitres d’ouvrage se heurtent à deux questions importantes : comment faire ? Combien ça coûte ? De la même manière qu’il n’existe pas de définition de ce que serait une société durable, on ne sait pas bien décrire ce que doit être un équipement sportif durable. Il est donc difficile de prendre des décisions et de réaliser des arbitrages dans la mesure où on ne dispose pas encore de toutes les connaissances et les techniques nécessaires.

Nous avons cependant une certitude, notre développement n’est pas durable. Et nous n’avons pas besoin d’attendre de savoir précisément ce que doit être un développement durable pour améliorer nos pratiques en matière de réalisation des équipements sportifs pour faciliter la transition vers une société et des équipements sportifs durables.

L’agenda 21 du sport français et la stratégie nationale de développement durable du sport ont traduit dans le sport les engagements internationaux et nationaux de la France. Le plan d’adaptation au changement climatique récemment adopté par le gouvernement constitue une nouvelle pièce qui s’ajoute au puzzle. Il concerne fortement les installations sportives et les activités sportives, mêmes si celles-ci n’y sont pas citées. A travers ces documents, les acteurs sportifs disposent d’un cadre qui leur permet d’orienter leurs actions dans le sens d’un développement plus durable. Dans un futur proche ces mesures dicteront les comportements des financeurs et s’imposeront ainsi à l’ensemble des acteurs de la chaîne des équipements sportifs.

Des stratégies à court et long terme :

Nous savons que nous aurons à traiter deux types de problèmes :

  • Adapter les équipements existants : aux nouvelles conditions sociales, économiques et environnementales : améliorer  les systèmes de traitement de chauffage, maîtriser les consommations de fluides, de pesticides sur les équipements extérieurs, améliorer leur fonction sociale, leur intégration et leur rayonnement au bénéfice des territoires d’implantation etc…
  • Anticiper les évolutions futures pour ce qui concerne les équipements nouveaux. La durée de vie d’un équipement sportif étant en moyenne de 40 années. De quels types d’équipements sportifs auront-nous besoin en 2050 ? année ou la majorité de ceux qui sont construits actuellement auront besoin d’une restructuration importante. Faut-il installer des chauffages ou des climatisations ? Quelles énergies mettre en œuvre ? Quelle localisation si on prévoit compte-tenu des changements climatique des déplacements de population de régions chaudes  vers des régions plus tempérées ? Quelles fonctions sociales seront prioritaires ? formation, compétition, santé ?... Les champs sont vastes.

La HQE appliquée aux équipements sportifs :

C’est dans le domaine de l’environnement que le plus de choses ont été réalisées. D’une part l’ensemble des réglementations orientent les maîtres d’ouvrage (règles et documents d’urbanisme, réglementations des installations), d’autre part des normes commencent à apparaître. C’est ainsi que vient d’être ouverte la possibilité d’attribuer le label HQE (Haute Qualité Environnementale appliquée aux équipements sportifs) aux salles de sport depuis le mois de Juillet 2011. Un label relatif aux piscines est en préparation. D’autres suivront, notamment en matière d’exploitation des installations sportives. Il faut encourager les maîtres d’ouvrage à inscrire leurs réalisations dans ce cadre qui concentre dans ses documents de référence l’expertise la plus pointue du moment.

D’autres évolutions seront nécessaires :


En dehors (ou en complément de la HQE) on manque encore d’outils et de repères. Concernant les économies d’énergie, un point central de l’impact environnemental des installations sportives, on ne sait pas à ce jour calculer le bilan énergétique d’une piscine ou d’une patinoire. Comment faire entrer dans le même moule Bercy et le gymnase de base ? Elles ont ainsi été dans un premier temps écartées de la RT 2012.

A peine promu, le label HQE est en cours d’évolution. Les promoteurs de ce label se sont rapprochés de leurs homologues étrangers pour harmoniser leurs procédures et ouvrir la voie à un système de labellisation international. Par ailleurs il devra s’ouvrir, au-delà des questions environnementales, à l’ensemble des thématiques relatives au développement durable.

Les réglementations relatives aux équipements devront évoluer. Ainsi dans une piscine, alors que jusqu'à sa sortie du bassin l'eau de baignade est assez bonne pour qu'on s'y plonge entièrement (ou qu'on l'avale), il est impossible de la réutiliser  pour d'autres usages (sanitaires, pédiluves...). La réglementation impose un taux de renouvellement (litres par baigneur) qui limite les économies d'eau (et de chauffage, de traitement...), alors que les techniques récentes permettent de faire mieux.

En matière d’urbanisme les réflexions en sont aux balbutiements. Les initiatives les plus proches concernent la ville durable (éco quartiers). Les retours relatifs aux équipements sportifs inclus dans ces opérations ne sont pas connus. Une commune de la Réunion a entrepris de traiter un complexe sportif (piscine, gymnase, stade) comme un éco quartier. On est là encore au stade de l’expérimentation.

Le Greenwashing et les équipements sportifs :

Beaucoup d’élus l’affirment ouvertement : « aujourd’hui on est tous verts ». Ils font référence au fait qu’il n’est politiquement pas possible d’afficher une sensibilité et des opinions contraires. Et de fait, lors de la réalisation d’un équipement sportif on trouve toujours le moyen de communiquer sur un aspect du dossier qui va dans le sens de l’environnement ou du développement durable de manière à « verdir » une réalisation. La tentation du greenwashing est présente, elle est facile, sachons lui préférer les réflexions et les réalisations de fond.

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