Papport Stiglitz : mieux mesurer la contribution du sport au développement durable ?

03 juil 2011 à 11h01 par Denis Cheminade
Comment rendre compte de la contribution du sport à la société pour valoriser ce qu’il représente, au delà du seul marché du sport, à travers ses dimensions sociales et sociétales ? L'évolution des outils de mesure du développement qui se dessine pourrait nous y aider.

Pour apprécier notre niveau de développement, on dispose classiquement d’indicateurs économiques. Quand on veut prendre en compte d'autres critères "de qualité de vie (santé, éducation, loisir...), ces outils sont insuffisants. Comment dépasser la situation actuelle, cela permettrait aussi au sport de mieux valoriser sa contribution au nom des "valeurs du sport" ?

Les limites des indicateurs économiques (comme le PIB : Produit Intérieur Brut, ou le PNB : Produit National Brut) sont connues depuis longtemps. Ils ne permettent pas de prendre en compte les conséquences sociétales du développement (bien-être) ou les conséquences environnementales de celui-ci, à la fois sur le moment et dans le temps (soutenabilité). Ces critiques se révèlent encore plus actuelles quand des concepts comme le développement durable contribuent à favoriser une redéfinition des notions de prospérité et de progrès.

Un seul pays au monde, le Bhoutan, a institué un indice de Bonheur National Brut qui englobe à parts égales quatre composantes : croissance et développement économique, conservation et promotion de la culture, sauvegarde de l'environnement et utilisation durable des ressources. Même si cet indice traduit plus une volonté des dirigeants de ce pays que des résultats effectifs, il a popularisé une idée sur laquelle de nombreux économistes n’ont cessé de travailler.
 
En Europe plusieurs pays ont engagé des travaux dans ce sens :
  • En novembre 2010, le premier ministre britannique a demandé aux experts du bureau des statistiques de « travailler sur une mesure du bien-être général ».
  • Fin 2010, l’institut italien de la statistique a décidé de « mesurer le bien-être du pays et de ses habitants ».
  • En janvier 2011, l’Allemagne a créé une commission rassemblant l’ensemble des partis et des experts chargés de réfléchir « aux limites des mesures actuelles de la croissance économique allemande ».
En France, c’est en février 2008 que Nicolas Sarkozy confiait au Prix Nobel d’Economie Joseph Stiglitz, la charge d’animer une commission chargée « de réfléchir à de nouveaux indicateurs de croissance et de bien-être ». Rendus en octobre 2009, les travaux de cette commission ont depuis reçu une large audience internationale.
 
Soulignant que nous disposons déjà de nombreux indices économiques et sociaux pertinents (santé, consommations, revenus…), le rapport remarque que ce ne sont pas ces indices qui posent problème, mais plutôt leur utilisation : « le PIB n’est pas faux en soi, mais peut être faussement utilisé ». En complément des indicateurs économiques, le rapport insiste sur la nécessité de remettre l’homme au centre des analyses et de mieux mesurer le bien-être des populations.
 
Un bien-être que le rapport défini à travers huit composantes :
  • les conditions de vie matérielles (revenu, consommation et richesse) ;
  • la santé ;
  • l’éducation ;
  • les activités personnelles, dont le travail ;
  • la participation à la vie politique et la gouvernance ;
  • les liens et rapports sociaux ;
  • l’environnement (état présent et à venir);
  • l’insécurité, tant économique que physique.
 Mesurer le bien-être nécessitera une meilleure prise en compte des services. Il nécessitera de mieux valoriser les services dont bénéficient les populations (transport, sécurité, santé, éducation…) qui constituent des transferts en nature de l’Etat vers les ménages, et de prendre en compte les activités non marchandes comme les loisirs (dont le sport). Il recommande d’être fortement attentif à la répartition de ces richesses, c’est-à-dire aux inégalités.
 
Dans son rapport, la commission s’intéresse aussi longuement à la question environnementale et à l’évaluation de la soutenabilité. Il recommande d’en revenir aux critères simples : le développement durable, c’est celui qui laisse plus aux générations futures qu’aux générations présentes. Cela nécessitera de mesurer le capital dont nous disposons, tant sur le plan naturel qu’humain, social et physique, pour en mesurer les variations en quantité et en qualité. Dans le même souci de simplicité et de robustesse, il recommande sur le plan de l’environnement de s’en tenir à des critères physiques.
 
En remettant l’individu au centre de toutes les analyses, en réexaminant la manière de prendre en compte l’économie, en plaçant la mesure du bien-être des populations au même niveau que l’économique et en prenant en compte la soutenabilité de nos actions, le rapport Stiglitz dessine aussi ce que pourrait être un nouveau cadre de prise en compte des politiques sportives, un cadre favorable à toutes les organisations sportives qui, dès à présent, font du développement durable un des axes de leur projet. Anticiper n’est jamais du temps perdu.

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